La ville de Fribourg sous pression financière
Que signifie concrètement le programme d’allègements 27 de la Confédération (P27) pour Fribourg et ses finances?
Les impacts financiers sont assez difficiles à estimer. De manière générale, on peut s’attendre à ce que les villes doivent prendre en charge des coûts en termes de transports urbain via l’agglomération, de l’accueil extrafamilial, de l’aide sociale ou de la culture pour ne citer que ces exemples. Toutefois, notre préoccupation principale actuellement est le plan d’assainissement de l’Etat de Fribourg.
Au printemps dernier, la loi sur l’assainissement des finances cantonales (LAFE) du canton de Fribourg a également été publiée. Qu’est-ce que cela signifie pour la situation financière de la ville?
Cette loi (LAFE) pourrait avoir des conséquences négatives nettes pour les finances de la ville de l’ordre de 2.5 Million francs, soit un peu moins que 1% du budget. Dans ce cas aussi, l’Etat de Fribourg a principalement travaillé en reportant des charges sur les communes mais aussi des recettes. La problématique est que, en tant que capitale cantonale, la ville subit plus fortement cette loi par la concentration des charges centrales dans le domaine des transports et de l’aide sociale par exemple. La loi étant actuellement bloquée par un référendum, le sujet sera à suivre en 2026.
Vous êtes également directeur de la culture de la ville. Quel est l’impact de ces mesures sur le secteur culturel et son financement? Comment garantir la promotion de la culture dans un contexte de pression financière?
La ville de Fribourg est très engagée dans la politique culturelle locale, régionale et cantonale grâce à de nombreuses entreprises culturelles. Le P27 impacte un acteur principal dans le domaine du cinéma via le programme de coopération par exemple. De son côté, la LAFE impacte peu le domaine culturel dans sa version actuelle. L’enjeu principal est la révision de la loi sur la culture qui devrait faire naître une nouvelle région culturelle avec potentiellement plus de moyens pour financer la culture. En ville, les budgets culturels sont tous maintenus mais des déficits successifs pourraient demander des sacrifices dans tous les domaines. Il faut dire que la culture bénéficie de bons soutiens tant au Grand Conseil qu’au parlement de la ville mais cela pourrait changer.
Vous ne vous présenterez plus aux prochaines élections (en avril 2026). Lorsque vous repensez à vos dix années en tant que directeur des finances, quelle était la situation initiale, quels changements avez-vous connus et comment voyez-vous les perspectives d’avenir ? Quels défis et quelles opportunités voyez-vous à moyen et long terme pour des villes comme Fribourg?
La ville de Fribourg a bénéficié d’une situation particulière avec la réforme de la fiscalité des entreprises. Les recettes fiscales issues des personnes morales ont triplées en cinq ans. Toutefois, les charges liées exogènes et celles du personnel ont subi le même sort mais dans une plus grande proportion. Cela amène donc la ville à une situation de déficit planifié sur plusieurs années et un flux de trésorerie proche de zéro avec un plan des investissements très ambitieux. Comptablement, la ville peut toutefois voir venir grâce à des bénéfices cumulés ces dernières années.
À votre avis, dans quelle mesure les défis financiers sont-ils compris par le grand public et où voyez-vous un potentiel d’amélioration?
Un très gros effort a été fait ces dix dernières années pour que la situation financière de la commune soit claire et transparente. La couverture médiatique de la ville fait que le grand public peut suivre aisément la situation financière de sa capitale cantonale. Le plus important toutefois est que le parlement de la ville en soit conscient sans déni mais sans alarmisme non plus pour pouvoir statuer de manière posée sur les décisions futures qui seront peut-être moins faciles que les années précédentes.
Laurent Dietrich, 53 ans, économiste, vice-syndic de la ville de Fribourg et député au Grand Conseil fribourgeois, membre du comité de la conférence des directeurs des finances (CDFV).
